Référence : Hawkins J, Hires C, Dunne E, Baker C. The relationship between lavender and tea tree essential oils and pediatric endocrine disorders: A systematic review of the literature. Complement Ther Med. 2020 Mar;49:102288.
Cette revue systématique explore le lien potentiel entre les huiles essentielles de lavande et de tea tree et les troubles endocriniens pédiatriques, notamment le développement de la gynécomastie prépubère (croissance anormale du tissu mammaire chez les garçons). L’objectif est d’évaluer les preuves scientifiques disponibles et d’examiner si ces huiles peuvent perturber le système hormonal.
Vu l’exposition humaine massive à l’huile essentielle de lavande sous toutes ses formes, il est peu probable qu’un effet perturbateur endocrinien puisse échapper aux observations cliniques de grande ampleur. L’imputabilité de la lavande et du tea tree dans ces cas de gynécomastie n’est pas établie, et d’autres causes environnementales sont à envisager, notamment l’exposition aux phtalates et bisphénols provenant des emballages alimentaires et cosmétiques ainsi que les résidus phytosanitaires dans les produits de consommation courante.
Il existe beaucoup de spéculations infondées sur les effets endocriniens des huiles essentielles en général. L’épinette noire Picea mariana et le pin sylvestre Pinus sylvestris n’ont aucune activité corticotrope démontrée, bien que leur utilisation pour cet effet soit largement répandue dans les pratiques alternatives. De même, la sauge sclarée Salvia sclarea ne possède pas d’activité œstrogénique démontrée, contrairement aux idées reçues. Son principal composé actif, le sclaréol, inhibe même l’hypercontraction utérine induite par l’ocytocine, ce qui va à l’encontre de l’hypothèse d’un effet pro-œstrogénique.
Concernant les trans-anétholes, ils montrent une activité œstrogène-like in vitro, mais bien plus faible que les œstrogènes endogènes. Chez le rat, une action œstrogénique significative n’apparaît qu’à des doses très élevées (50 à 80 mg/kg per os), non applicables aux usages humains. Leur effet serait lié à un métabolite plutôt qu’au composé lui-même. L’anéthole possède aussi une action cytotoxique sur les cellules cancéreuses du sein, indépendamment du récepteur à l’œstradiol. La monographie HMPC/EMA précise que les données in vitro et animales ne sont pas pertinentes aux doses courantes chez l’homme.
Cette étude met en avant un débat intéressant, mais les preuves restent insuffisantes pour affirmer un effet perturbateur endocrinien des huiles essentielles de lavande, tea tree ou d’autres HE riches en trans-anéthole. Une analyse plus rigoureuse des expositions environnementales globales et des interactions chimiques est nécessaire avant de tirer des conclusions hâtives.
Cela illustre parfaitement l’importance de suivre l’évolution des connaissances scientifiques afin d’éviter la diffusion et la perpétuation d’informations erronées dans le domaine des thérapies alternatives.

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